Le Journal de Perrine

Au jardin

Palettes au jardin

8 octobre 2026

Palettes au jardin

Les palettes au jardin, j’y suis venue par économie et j’y suis restée par plaisir. Ce n’est pas du bois de menuiserie, c’est du bois de transport, et tout le travail consiste à lui faire oublier son origine. Je te raconte ce qui m’a fait changer d’habitude, ce qui coince pour de vrai, la méthode que j’applique maintenant, et ce qui ne tient pas la deuxième saison.

Ce qui m’a fait changer d’habitude

Au début, je récupérais des palettes comme on récupère un meuble trouvé sur un trottoir : sans regarder. Je les empilais derrière l’abri, je sciçais au feeling, et je plantais des clous trop longs dans du bois fendu. Le premier carré potager a tenu un été.

Ce qui m’a fait changer, c’est une information qui m’a arrêtée net. Le bois traité à la créosote ne doit jamais servir à construire un potager en palette : ce traitement est interdit en France pour les jardins et les clôtures depuis le 23 avril 2019 (arrêté du 18 décembre 2018, Légifrance). Je n’avais jamais regardé la couleur ni l’odeur de mes planches. J’avais posé des semis dans un bois dont je ne savais rien.

Depuis, une palette se choisit avant de se scier. Je la sens, je la regarde, et si elle sent le goudron ou si elle est trop sombre et luisante, elle repart d’où elle vient.

Ce qui coince concrètement à la maison

Ce qui coince, ce n’est pas le montage. C’est le bois lui-même, qui n’a pas été fait pour ça.

Ce qui coince concrètement à la maison

Trois choses que je vérifie maintenant systématiquement :

  • l’odeur et la teinte, pour écarter tout bois traité ;
  • les échardes et les planches fendues, qui deviennent coupantes en une saison ;
  • les clous cassés ou rouillés qui restent plantés dans les traverses.

Et un point qu’on oublie : une palette posée à même la terre remonte l’humidité et pourrit par le bas. Ce n’est pas la structure qui lâche en premier, c’est le contact avec le sol.

La méthode, étape par étape

Voilà l’ordre que je suis, et il m’a fait gagner des soirées entières.

Un. On choisit la palette avant de la scier. Bois clair, odeur de bois, pas de traitement. Dans le doute, on laisse.

Deux. On la désosse proprement à la pince et au pied-de-biche, plutôt que de tout couper à la scie. Les traverses récupérées servent de pieds, c’est le meilleur bois du lot.

Trois. On ponce les chants et les faces visibles. Dix minutes par planche, et plus personne ne se plante une écharde.

Quatre. On surélève. Quatre plots, des briques ou des chutes sous les pieds, et le bois ne touche plus la terre.

Cinq. On protège avec une huile ou une lasure adaptée, jamais avec un produit qui soit bon pour les plantes mais mauvais pour ce qu’on va y faire pousser.

Pour ce qu’on plante ensuite, il y a une erreur classique : croire qu’un carré de palette se remplit comme un grand potager. Arroser moins et mieux explique pourquoi un volume réduit demande un arrosage plus réfléchi, pas plus fréquent.

Ce que je fabriqueLe temps réelLa difficultéCe qui tient le mieux
Un carré potagerune demi-journéemoyenneles jardinières surélevées
Une jardinière verticaledeux heuresfacileles plantes basses et retombantes
Un composteurune heurefacilela version sans fond
Un rangement d’outilsune matinéemoyennele modèle adossé au mur
Une bordure de massiftrois heuresfacilele bois laissé brut

Ce tableau vient de mes propres essais, pas d’un catalogue. La ligne du haut est celle que je recommence chaque année.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi on le fait quand même

Ce qui ne marche pas, d’abord, c’est la palette laissée brute et posée au sol : elle tient une saison, peut-être deux, puis elle part en miettes par le dessous. Ensuite, la table basse en palette qui reste dehors tout l’hiver. Enfin, la structure trop ambitieuse pour le bois disponible, la cabane qu’on voit sur les photos et qui demande vingt palettes identiques, alors qu’un récupéré en a trois différentes.

Et pourtant on recommence. Parce qu’une palette coûte souvent rien, qu’elle se transforme en une soirée, et qu’un carré potager récupéré fait le même travail qu’un acheté. Le bois n’est pas parfait, il est disponible. C’est un point de départ honnête.

Si tu veux dessiner un ensemble cohérent plutôt que d’empiler des bricoles, l’idée d’un plan d’ensemble avant de clouer la première planche vaut la peine, et idée de jardin paysagiste m’a servi à poser les lignes avant de penser aux meubles.

Ce que j’en retiens au quotidien

Le bois de palette ne se dompte pas, il s’écoute. On l’utilise pour ce qu’il sait faire : du claustra, des jardinières, des bordures, des structures basses. On l’évite pour ce qui demande de la portance ou une durée qu’il n’a pas.

Trois repères que je garde :

  • un bois traité ne se recycle pas, il se refuse ;
  • ce qui touche la terre pourrit en premier, donc on surélève ;
  • une structure par saison, pas quatre, sinon on accumule des essais inachevés.

Un petit jardin s’y prête très bien, c’est même là que la palette rend le plus, et petit jardin anglais de ville montre comment les volumes serrés tiennent sans se marcher dessus.

FAQ

Peut-on faire un potager en palettes sans danger ?

Oui, à une condition : jamais de bois traité à la créosote, interdit en France pour les jardins et clôtures depuis le 23 avril 2019 (arrêté du 18 décembre 2018, Légifrance). On choisit un bois clair, non traité, et on protège ce qu’on veut protéger avec un produit pensé pour le potager.

Combien de temps tient une palette au jardin ?

Une palette brute posée à même le sol tient une saison, parfois deux, car c’est le contact avec la terre qui la fait pourrir par le bas. Surélevée et protégée, elle dure nettement plus longtemps, et c’est le seul geste qui change vraiment sa durée de vie.

Quel outil pour démonter une palette proprement ?

Une pince, un pied-de-biche et de la patience. Scier les traverses abîme les planches qu’on veut garder : à la pince, on récupère des morceaux entiers, et les traverses font d’excellents pieds. C’est plus long de dix minutes, et on économise une palette.

Une palette, c’est assez costaud pour un meuble ?

Pour un banc, une jardinière, un rangement ou un composteur, oui. Pour un support qui porte du poids ou qui reste dehors sans entretien, non : le bois de palette n’a pas la tenue d’une structure de menuiserie, et il faut accepter d’en refaire certaines pièces.

La prochaine fois que tu croises une palette, sens-la avant de la charger. Si elle sent le bois, elle a un avenir dans ton jardin. Si elle sent le goudron, laisse-la au trottoir, tu viens d’éviter un carré potager qu’il aurait fallu refaire.


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