Le Journal de Perrine

Vie de famille

Les plannings

8 octobre 2026

Les plannings

Les plannings ont cessé d’être une corvée chez moi le jour où j’ai arrêté d’en faire un objet parfait. Un planning de famille n’est pas un tableau à tenir, c’est un accord qu’on passe avec soi-même sur ce qui compte cette semaine. Je te raconte ce qui m’a fait changer d’habitude, ce qui coince encore à la maison, la méthode que j’applique aujourd’hui, et ce qui ne marche pas même après des années de pratique.

Ce qui m’a fait changer d’habitude

Pendant longtemps, mon planning était un mur. Des post-it au-dessus du lave-linge, trois couleurs, six personnes, et une seule règle : tout devait tenir. Je le refaisais chaque dimanche soir, un peu plus net, un peu plus serré. Et chaque mercredi, il était déjà faux.

Ce qui m’a fait basculer, c’est une phrase lue dans Fair Play d’Eve Rodsky : une tâche n’est vraiment tenue que si la même personne la conçoit, la planifie et l’exécute. La règle porte un nom, la méthode CPE. Dans mon mur de post-it, le concevoir et le planifier reposaient presque entièrement sur moi, et seule l’exécution était partagée. Mon planning ne répartissait pas le travail, il distribuait les restes du mien. Ça m’a refroidie.

J’ai compris autre chose en lisant Titiou Lecoq, qui cite l’enquête Emploi du temps de l’Insee : 2 h 06 de temps domestique quotidien pour les hommes contre 3 h 27 pour les femmes, et un temps masculin resté quasiment stable depuis 1986. Une grille de plus ne changerait rien à ça si elle restait un outil de contrôle. Il fallait qu’elle devienne un outil de discussion.

Ce qui coince concrètement à la maison

Ce qui coince, ce n’est presque jamais l’organisation. C’est la charge qui va avec, celle qu’on ne voit pas sur un tableau. Un planning bien fait donne l’impression que le travail est réparti, alors qu’il peut très bien ne l’être qu’en surface.

Trois pièges que je repère tout de suite :

  • la case remplie ne dit pas qui a pensé à la remplir ;
  • le rappel systématique transforme celle qui note en cheffe d’équipe non payée ;
  • la semaine parfaite sur le papier devient un juge le jour où on la rate.

J’en parle plus longuement dans charge mentale familiale : ce n’est pas la liste des tâches qui compte, c’est qui la porte. Un planning qui ne dit rien de ça reste une jolie grille.

La méthode, étape par étape

Voilà ce que j’applique, dans cet ordre, et c’est la version qui a tenu plus de six mois d’affilée.

Un. Trois colonnes, pas plus : le jour, ce qui doit absolument avoir lieu, et qui s’en occupe. Le reste est du bonus qu’on n’écrit pas.

Deux. On pose d’abord le fixe (école, travail, rendez-vous médicaux), le souple ensuite. L’ordre inverse donne un planning intenable.

Trois. On laisse deux soirées vides. Non négociable. C’est ce qui absorbe la semaine ratée.

Quatre. On relit à deux, cinq minutes, une fois par semaine. Pas plus.

J’ai tenté de passer tout ça sur tableur, par curiosité, en me disant que ce serait plus propre. Sur un planning horaire, la durée entre deux moments se calcule par une simple soustraction : =B2-A2 donne l’écart entre l’heure de fin et l’heure de début, par exemple 4:55 entre 10:35 et 15:30, à condition d’appliquer le format personnalisé h:mm à la cellule (Microsoft Support, 2026). J’écrivais mes heures sans me douter que 12:45 + 15:30 afficherait 4:15 au lieu de 28:15, parce qu’au-delà de 24 heures il faut le format [h]:mm (Microsoft Support, 2025).

Ce que je veuxComment je m’y prendsLa précaution
La durée entre deux horaires=B2-A2format h:mm
Un total qui dépasse 24 heureson additionne la colonneformat [h]:mm
Ne pas retaper chaque ligneles deux premières valeurs, puis la poignée de recopiela série se prolonge
Voir les semaines chargées d’un coupmise en forme conditionnelleune règle colore selon la valeur
Un titre qui couvre plusieurs colonnesFusionner et centrerseule la cellule en haut à gauche est gardée

Cette dernière ligne m’a coûté une soirée. En fusionnant des cellules, le contenu des autres est bel et bien supprimé et seule la valeur de la cellule supérieure gauche subsiste (Microsoft Support, 2025).

Ce qui ne marche pas, et pourquoi on le fait quand même

Ce qui ne marche pas, d’abord, c’est le planning trop détaillé. À l’heure près, il tient deux jours. Ensuite, le planning imposé, celui qu’on décide seul sans le construire avec l’autre : il sera suivi à contrecœur, ou pas suivi du tout. Enfin, les plannings d’enfants dessinés comme des plannings d’adultes. Un enfant n’a pas à porter la semaine de la maison.

Et pourtant on les refait. Parce qu’une grille ratée vaut mieux que rien, ne serait-ce que pour rendre visible ce qui reste invisible autrement. Le tableau est un prétexte. La conversation qu’on a en le remplissant est le vrai résultat. C’est là que se dit qui va chercher qui, qui gère le rendez-vous, qui a besoin d’un coup de main cette semaine.

Un exemple concret : chez nous, les devoirs tiennent sur un créneau de 10 à 15 minutes en primaire, pas une heure. Sur ce point, cahier de liaison et mots des maîtresses m’a appris à ne pas confondre le temps assis et le temps utile.

Ce que j’en retiens au quotidien

Un planning ne sert pas à tout prévoir, il sert à choisir. Choisir, c’est renoncer volontairement à des choses, et ce renoncement accepté est exactement ce qui enlève la pression.

Trois choses que je garde :

  • deux créneaux vides par semaine, quoi qu’il arrive ;
  • une relecture de cinq minutes le dimanche, jamais davantage ;
  • une personne responsable par tâche, du début à la fin.

Et une question que je me pose avant de remplir une case : est-ce que je conçois, planifie et exécute moi-même, ou est-ce que je délègue pour de vrai ? Si la réponse est « les trois », ce n’est pas une délégation.

FAQ

Un planning de famille, ça commence à quel âge ?

Dès que l’enfant participe. Vers six ou sept ans, un enfant peut tenir une case simple, à condition de savoir ce qu’il a à faire sans qu’on le lui répète. L’idée n’est pas de l’occuper mais de lui rendre lisible le fonctionnement de la maison. L’environnement préparé décrit par Maria Montessori va dans ce sens : un cadre que l’enfant comprend le rend responsable de son coin à lui.

Comment faire tenir un planning quand la semaine change tout le temps ?

On prévoit de la marge plutôt que de la précision. Deux soirées libres, et les tâches souples (rangement, courses) placées en fin de semaine plutôt qu’en début. Un planning qui accepte d’être décalé survit beaucoup mieux qu’un planning exact.

Faut-il afficher le planning ?

Oui, à un endroit que tout le monde voit et à hauteur de chacun, petits compris. Un planning rangé dans un tiroir devient le planning d’une seule personne. Le tableau de la cuisine est laid, il a dix ans, et c’est le seul qui ait jamais tenu chez nous. Pour occuper un temps d’attente sans écran, activité à faire à la maison facile donne des idées qui ne demandent presque rien.

Un planning, ça marche vraiment ?

Il marche quand il est imparfait et vivant. S’il demande trente minutes par semaine pour être maintenu, il ne tiendra pas. Cinq minutes suffisent, tant qu’on accepte de rayer, de décaler et de recommencer sans se juger.

La prochaine fois, essaie de le construire en discutant plutôt qu’en remplissant des cases. Commence par la question qui fâche, qui porte quoi cette semaine, puis laisse deux soirées vides. Tu verras très vite s’il tient. Et si la discussion ne tient pas, le planning n’y est pour rien.


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