Le Journal de Perrine

Vie de famille

Garder du temps pour soi quand on est parent, à mon rythme

28 juillet 2026

Garder du temps pour soi quand on est parent, à mon rythme

J’ai mis trois ans à comprendre que « prendre du temps pour soi » ne voulait pas dire partir en week-end spa. Pour un parent, garder du temps pour soi, c’est parfois juste boire un café chaud jusqu’à la dernière gorgée. Voici comment j’ai arrêté de courir après le créneau parfait pour apprendre à voler des petits moments qui rechargent vraiment.

Ce qui m’a fait changer d’habitude

Je me revois, un mardi soir de novembre, lessive pliée, gamelles du lendemain prêtes, enfants couchés. Et moi, assise dans le canapé, incapable de choisir quoi faire de ces trente minutes libres. Étais-je censée lire ? Regarder une série ? Prendre un bain ? Rien ne me tentait. J’étais trop fatiguée pour avoir envie de quoi que ce soit, et en même temps frustrée de « gâcher » ce temps si rare.

C’est une copine qui m’a remis les idées en place. Je lui confiais que je n’arrivais jamais à caser « un vrai moment à moi », et elle m’a répondu : « Un vrai moment selon qui ? » Elle avait raison. J’attendais un créneau d’une heure, au calme, avec l’énergie et l’inspiration. Autant attendre la neige en août.

Cette conversation m’a obligée à regarder les choses autrement : j’ai arrêté d’idéaliser le « temps pour soi » comme une parenthèse luxueuse, et j’ai commencé à le trouver partout. Dans le trajet du retour d’école. Pendant la cuisson des pâtes. Sous la douche. Comme quand j’ai appris à mieux dormir grâce aux habitudes du soir, ce n’est pas la durée qui compte, c’est l’intention.

Renoncer au grand créneau parfait

Longtemps, j’ai cru que pour « souffler », il fallait un créneau dédié. Une heure, voire deux. Sans enfant, sans bruit, sans interruption. Dans la vraie vie, ce créneau n’existe pas. Et quand par miracle il arrive, on est souvent trop épuisée pour en profiter.

Le déclic a été d’accepter une vérité toute bête : le temps pour soi, en tant que parent, sera toujours fragmenté. Fragmenté, mais pas inexistant.

J’ai donc arrêté de bloquer mon dimanche après-midi en me disant « je prendrai deux heures pour moi ». À la place, j’ai repéré les interstices : les dix minutes de sieste du petit, le quart d’heure entre deux réunions, les vingt minutes de trajet à pied jusqu’à la crèche.

Ce changement de regard a tout modifié. Je ne culpabilise plus de ne pas « optimiser » mon temps libre. Je le prends là où il est.

Des micro-moments qui rechargent

Voilà ce que j’appelle mes « micro-moments ». Des bulles de cinq à quinze minutes qui, mises bout à bout, remplissent mon réservoir bien mieux qu’un après-midi entier passé à culpabiliser de ne pas en faire assez.

Micro-momentQuandCe que ça m’apporte
Le café du matin en solo10 minutes avant que la maison se réveilleDu silence, une intention posée pour la journée
La marche retour d’école15 minutes à piedDu mouvement, de l’air, des pensées rien qu’à moi
La douche du soir sans urgence8 minutes, porte ferméeUne vraie coupure, le bruit de l’eau qui efface la journée
Cinq minutes de lectureJuste avant d’éteindre la lumièreM’évader dans une histoire qui n’appartient qu’à moi
Un thé sur le balconPendant les devoirs du grandRegarder le ciel, respirer, ne rien faire

Ces cinq instants ne paient pas de mine, mais ils ont changé ma façon de vivre la parentalité. Avant, je subissais les journées comme une longue liste. Maintenant, j’y glisse des respirations. Un peu comme avec une routine beauté simple : pas besoin d’une heure, trois gestes suffisent à se sentir mieux.

Et ces micro-moments ne sont pas du temps « volé ». Au contraire, je suis plus disponible après. Une maman qui a eu ses huit minutes de douche est une maman qui écoute mieux, qui crie moins, qui profite plus.

Le poser sans culpabiliser

C’est le plus dur. Ne pas s’excuser. Ne pas se justifier. Juste le poser.

J’ai passé des années à m’excuser de prendre une pause. « Je vais juste finir ça » au lieu de « je prends dix minutes pour moi ». Comme si mon besoin de respirer était un caprice que je devais mériter.

La culpabilité, c’est le piège. Elle te vole le bénéfice du moment. Tu lis une page, et tu penses au linge. Tu bois ton thé, et tu calcules le temps avant le réveil du petit. Résultat : ni reposée, ni efficace. Juste frustrée.

Ce qui m’a aidée : nommer les choses. Dire à mes enfants, calmement : « Maman prend cinq minutes pour elle, je suis disponible tout de suite après. » Pas de justification, pas de marchandage. Juste une information. Et surprise : ils l’acceptent très bien. Mieux que quand je m’énervais parce que j’étais à bout.

L’autre chose qui m’a aidée, c’est d’appliquer la même philosophie qu’au potager du balcon : accepter que tout ne pousse pas en même temps. On fait avec ce qu’on a, et on ne s’en veut pas pour ce qui manque.

Ce que j’en retiens au quotidien

Aujourd’hui, je ne cherche plus à « libérer du temps ». Je cherche à habiter celui que j’ai.

Je n’attends plus le samedi après-midi parfait. Je prends mes dix minutes de café le matin, mes quinze minutes de marche, mes cinq minutes de lecture le soir. Trois fois rien, mais cumulées, ces respirations me donnent l’impression d’avoir une vie à moi dans la vie de famille.

Ce que j’espère transmettre à mes enfants, ce n’est pas la performance d’une mère qui fait tout. C’est l’image d’une femme qui sait dire « j’ai besoin de souffler », sans drame et sans honte. Pour qu’un jour, eux aussi sachent que c’est permis.

Alors, ce soir, prends cinq minutes. Pas une heure. Pas demain. Juste cinq minutes pour toi. Sans téléphone, sans liste. Et observe ce que ça fait. C’est comme ça que j’ai commencé.

FAQ

Je culpabilise dès que je prends du temps pour moi, comment faire ?

Commence tout petit, par des moments si courts qu’ils paraissent insignifiants. Le problème, c’est rarement le temps pris, c’est le regard qu’on porte dessus. Quand tu réalises que cinq minutes de respiration te rendent plus patiente avec tes enfants, la culpabilité change de camp : ce qui devient gênant, c’est de ne pas en prendre.

Est-ce égoïste de vouloir du temps seule quand on est parent ?

Absolument pas. C’est même le contraire : prendre soin de sa propre jauge permet de mieux prendre soin des autres. Un parent épuisé et frustré donne une version tronquée de lui-même. Un parent qui s’autorise des pauses est plus à l’écoute, plus calme, plus joyeux. Tout le monde y gagne.

Que faire quand mon conjoint ou mes enfants ne respectent pas ce moment ?

Annonce-le simplement, et tiens bon. « Je prends dix minutes, je suis là juste après. » Sans t’excuser, sans t’énerver. Au début, on te testera. Tiens la ligne avec douceur, et ça deviendra une habitude. Les enfants intègrent très vite les rituels quand ils sont constants et posés sans agressivité.

À partir de quel âge peut-on expliquer ça à ses enfants ?

Dès qu’ils parlent, tu peux le formuler simplement : « Maman a besoin de calme quelques minutes, comme toi parfois tu veux jouer tout seul. » Vers quatre ou cinq ans, ils comprennent très bien l’idée que chacun a son espace. C’est même une belle leçon de respect des besoins de l’autre.


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